- Par Ambre Levesque
- Publié le
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Béton : histoire, dérives et mutation d’un matériau devenu problématique
Les origines du béton et son ascension mondiale
Le béton romain et les premiers savoir-faire
Le béton ne date pas d’hier. Les Romains utilisaient déjà un mélange de chaux et de cendres volcaniques. Ce matériau permettait de bâtir des ouvrages solides comme le Panthéon. Leur recette reste une référence pour les chercheurs modernes. Après la chute de l’Empire romain, cette technique disparaît. Il faut attendre le XVIIIᵉ siècle pour que le béton réapparaisse et que l’histoire s’accélère.
L’invention du ciment Portland
Au XIXᵉ siècle, une invention change tout : le ciment Portland. Il devient la base du béton moderne. Ce liant rend les chantiers plus rapides et plus simples. Le béton prend alors une place centrale dans la construction.
Après la Seconde Guerre mondiale, les besoins explosent : logements, écoles, routes, ponts… Le béton répond parfaitement à l’urgence. Son coût bas et sa mise en œuvre rapide séduisent tous les acteurs du bâtiment. Les États modernisent leurs infrastructures à grande vitesse.
Son succès repose sur quatre facteurs simples :
- un coût faible,
- une grande disponibilité,
- une mise en œuvre rapide,
- des normes faciles à standardiser.
Le béton devient alors un réflexe. Pendant des décennies, il symbolise la modernité. Mais cette domination commence à révéler ses limites.
Les limites du béton : un matériau qui vieillit mal
Le vieillissement du béton dans le temps
Le béton se dégrade. Contrairement aux idées reçues, il ne dure pas “pour toujours”. La majorité des bâtiments en béton d’après-guerre approche aujourd’hui de la fin de son cycle de vie. Résultat : fissures, affaissements et infiltrations deviennent fréquents.
Les pathologies du béton : fissures, corrosion et carbonatation
Au cœur des problèmes : la carbonatation. Elle réduit l’alcalinité du béton et attaque les armatures métalliques. Les aciers rouillent, prennent du volume et provoquent des fissures.
Une autre maladie inquiète les ingénieurs : la réaction alcali-granulat, parfois surnommée “cancer du béton”. Elle gonfle la matière et fragilise les structures.
Humidité, infiltrations et champignons : signes d’alerte
L’eau s’infiltre dans les fissures. Elle transporte des sels, crée des zones humides et favorise l’apparition de moisissures. Dans certains cas, des champignons se développent dans le béton, surtout dans les zones peu ventilées. Ces phénomènes peuvent dégrader la qualité de l’air intérieur. Pour éviter cela, les collectivités doivent faire face à une réalité coûteuse. Écoles, piscines, ponts et parkings nécessitent des audits réguliers. Les diagnostics structurels, les injections de résine, les renforcements et les réparations coûtent cher.
Selon l’ADEME, le béton domine la production de déchets du BTP, ce qui complique encore la gestion de ces chantiers. Ces dépenses augmentent chaque année et pèsent sur les budgets publics.
« Les matériaux ne vieillissent jamais seuls, ce sont les environnements qui les trahissent. »
Eduardo Torroja
Un impact environnemental devenu impossible à ignorer
Le ciment : une source majeure d’émissions de CO₂
La fabrication du ciment représente environ 7 % des émissions mondiales de CO₂. La production du clinker, chauffé à 1450 °C, demande énormément d’énergie et libère du CO₂ lors de la calcination du calcaire.
Le béton consomme du sable en grande quantité. Les réserves s’épuisent, et certains marchés attirent des activités illégales. Cette pression détruit des plages, des rivières et des écosystèmes entiers. Par ailleurs, le béton empêche l’eau de s’infiltrer. Ainsi, les épisodes de pluie créent des ruissellements plus forts et plus rapides.
L’Observatoire national de l’artificialisation des sols montre comment ces surfaces aggravent les inondations et les îlots de chaleur : l’artificialisation du développement durable. Des quartiers entiers deviennent vulnérables.
Le béton, premier déchet du BTP
Les chantiers de démolition produisent des tonnes de gravats. Le béton représente la majorité de ces déchets. La gestion, le tri et le recyclage demandent des moyens techniques importants.
Les contraintes du secteur : normes et ressources sous tension
Les normes environnementales qui accélèrent la transition
La réglementation énergétique française RE2020 pousse les acteurs à réduire l’impact carbone des bâtiments. Les matériaux biosourcés gagnent donc du terrain. Les professionnels doivent adapter leurs pratiques.
L’augmentation des coûts de production : énergie, clinker, matières premières
Les hausses du prix de l’énergie, du transport et des matières premières rendent la production de ciment plus coûteuse. Les usines doivent moderniser leurs installations, ce qui accentue la pression économique. Par ailleurs, la demande mondiale ne cesse d’augmenter alors que les ressources diminuent. Certains pays doivent importer du ciment ou du sable, ce qui entraîne des coûts supplémentaires et une dépendance extérieure.
Vers une mutation nécessaire du béton
Les bétons bas carbone et leurs limites
De nouvelles formulations réduisent la part de clinker. Le secteur explore des liants alternatifs : argiles calcinées, cendres, laitier. Cembureau présente d’ailleurs leur pistes de recherche, Ces solutions progressent, mais leur disponibilité reste tous de même variable selon les régions.
Alternatives crédibles : bois massif, terre crue, chanvre
De plus en plus d’architectes intègrent des matériaux biosourcés. Le bois massif (CLT), la terre crue ou le béton de chanvre offrent des performances intéressantes tout en réduisant les impacts.
Pour aller plus loin, ton site propose déjà un article complet sur la : construction en bois.
En conséquent, rénover plutôt que démolir devient indispensable. Beaucoup de bâtiments peuvent gagner en performance grâce à des renforcements légers ou à une meilleure isolation. En effet, les acteurs du bâtiment ne peuvent plus ignorer les dérives du béton. Ce matériau reste essentiel, mais son usage doit évoluer. Une nouvelle génération de solutions apparaît et offre une voie plus durable.
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